
Pourquoi Microsoft propose à 60 000 personnes de partir
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Article rédigé le 26 octobre 2026. La situation évolue : Microsoft publie ses résultats trimestriels le 28 octobre et certains chiffres pourront changer.
Imaginez un grand immeuble, avec cent familles qui y vivent et y travaillent.
Un jour, le propriétaire décide de construire, juste à côté, une immense usine remplie de machines très chères. Des machines qui calculent, qui parlent, qui écrivent.
Pour payer ces machines, il faut faire des économies ailleurs. Alors le propriétaire glisse une lettre sous 27 portes sur 100 : « Si vous souhaitez partir, nous vous aidons. Personne n'est obligé. Vous avez jusqu'à décembre pour répondre. »
Les machines ne sont ni gentilles ni méchantes. Elles peuvent aider tout le monde à mieux travailler. Elles peuvent aussi coûter si cher que les habitants deviennent la variable d'ajustement.
Ce n'est pas une catastrophe : personne n'est jeté dehors. Mais c'est une question très sérieuse posée à beaucoup de monde en même temps. Comme si, dans une ville entière, un habitant sur quatre recevait la même lettre le même jour.
C'est exactement ce qui vient d'arriver chez Microsoft. Le 26 octobre 2026, l'entreprise a proposé un départ volontaire à environ 60 000 salariés, soit un peu plus du quart de ses effectifs, pendant qu'elle dépense des dizaines de milliards de dollars dans les centres de données et les puces de l'intelligence artificielle.
Vous n'êtes peut-être pas salarié de Microsoft. Mais votre employeur, lui, regarde ce que font les géants du secteur.
La bonne nouvelle : un départ volontaire vaut mieux qu'un licenciement, et Microsoft dit explicitement que les postes supprimés ne sont pas remplacés par l'IA. Reste à savoir qui profite de l'argent investi dans les machines, et qui en paie le prix.
Alors, une question simple : dans votre immeuble, si cette lettre arrivait sous votre porte, que feriez-vous ?
Pour ceux qui veulent comprendre en détail, voici ce qui s'est passé.
Ce qui s'est passé, simplement
L'offre du 26 octobre. Microsoft a annoncé un « Voluntary Exit Offer », une offre de départ volontaire, c'est-à-dire une proposition que chaque salarié est libre d'accepter ou de refuser. Selon GeekWire et l'AFP, elle concerne environ 60 000 personnes aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni et en Inde, dans les équipes qui ont choisi d'y participer. Elle va jusqu'au niveau de certains vice-présidents, sans condition d'âge ni d'ancienneté. Les ventes, une partie des centres de données et certaines équipes d'ingénierie n'en font pas partie. Les salariés ont jusqu'à la première semaine de décembre pour répondre.
Ce que reçoivent ceux qui partent. Des conditions comparables à une indemnité de licenciement classique : une somme calculée selon l'ancienneté et le niveau, une couverture santé limitée dans le temps et un accompagnement vers un nouvel emploi. Rien de plus généreux que d'habitude.
Ce n'est pas la première fois. En avril, Microsoft avait proposé une retraite anticipée à environ 8 750 salariés américains dont l'âge additionné à l'ancienneté atteignait 70. Environ 30 % ont accepté, pour un coût d'environ 900 millions de dollars. Début juillet, l'entreprise a ensuite supprimé environ 4 800 postes, soit un peu plus de 2 % de ses effectifs, après plus de 15 000 licenciements en 2025. Cette fois, Microsoft dit attendre beaucoup moins d'acceptations qu'en avril, sans donner de chiffre.

Pendant ce temps, les machines. Selon son rapport annuel, Microsoft comptait environ 223 000 salariés au 30 juin 2026, contre 228 000 un an plus tôt : une baisse d'effectifs inédite depuis dix ans, selon plusieurs médias. Sur le seul trimestre d'avril à juin, l'entreprise a investi environ 41 milliards de dollars, en grande partie dans les centres de données (ces bâtiments remplis d'ordinateurs qui font tourner l'IA) et dans les puces qui les équipent. Pour l'ensemble de l'année 2026, elle prévoit environ 175 milliards de dollars d'investissements.
Ce que Microsoft ne dit pas. L'entreprise affirme que cette offre ne signifie pas qu'elle a besoin de moins de salariés, et qu'elle n'exclut pas des licenciements plus tard. En juillet, sa directrice des ressources humaines, Amy Coleman, écrivait que « les postes supprimés aujourd'hui ne sont pas remplacés par l'IA », tout en reconnaissant que l'IA change la façon de travailler. Les deux affirmations peuvent être vraies en même temps : l'IA ne remplace pas directement une personne, mais l'argent qu'elle coûte réduit la place des personnes. Aucun chiffre public ne permet, aujourd'hui, de dire combien de ces postes ont disparu à cause de l'IA.
Intelligence artificielle et éthique : quand la machine coûte plus cher que les gens
Le départ volontaire est, sur le papier, la forme la plus respectueuse de réduction d'effectifs : la personne choisit. Mais une liberté exercée sous pression n'est pas tout à fait une liberté. Quand un salarié sur quatre reçoit la lettre, chacun se demande ce qui arrivera à ceux qui restent.
Trois questions à se poser :
- Le choix est-il vraiment libre ? Partir maintenant avec une indemnité, ou rester en sachant que des licenciements restent possibles : ce n'est pas un choix entre deux bonnes options. C'est un pari sur l'avenir, fait avec moins d'informations que l'entreprise.
- À qui profite l'abondance ? Des milliards investis dans les machines, des revenus records, et moins de salariés : la richesse créée par l'intelligence artificielle va d'abord aux actionnaires et aux clients. Les salariés qui ont bâti l'entreprise en voient-ils une part ?
- Que devient le savoir de ceux qui partent ? Les départs volontaires touchent souvent les plus expérimentés, ceux qui connaissent les clients et les erreurs passées. Une entreprise peut gagner en marge et perdre en mémoire.

Ce mouvement dépasse Microsoft. Comme nous l'avons vu avec les robots de livraison, l'automatisation se décide entreprise par entreprise, et la question n'est jamais seulement technique : elle est d'abord humaine.
L'espérance : partir accompagné, rester formé
Il y a aussi de bonnes nouvelles dans cette histoire. Microsoft dit avoir redéployé plus de 4 000 salariés vers de nouveaux postes en un an, plutôt que de les licencier. Et le départ volontaire, s'il est bien fait, laisse à chacun le temps de préparer la suite, ce qu'un licenciement ne permet jamais. Le vrai enjeu n'est pas d'empêcher les entreprises d'investir dans l'IA. C'est de décider, avant d'investir, ce que deviennent les personnes.
Mon conseil : si vous dirigez une entreprise, mettez dans chaque budget consacré à l'IA une ligne pour la formation des personnes, avant la ligne pour les machines. Annoncez les règles du jeu tôt, et ne faites jamais d'un départ « volontaire » une menace déguisée. Si vous êtes salarié, formez-vous à l'IA dès maintenant, dans votre métier, sans attendre la lettre : comprendre ces outils est aujourd'hui la meilleure protection. Et si la lettre arrive, ne répondez pas dans la semaine : demandez les chiffres, parlez à vos proches, comparez.

Allons-nous vraiment construire une tour de Babel ?
En lançant allelu.ai, j'écrivais que la vraie question n'est pas de savoir si nous devons utiliser l'intelligence artificielle, mais au service de quoi nous voulons la mettre. Les 60 000 lettres de Microsoft posent cette question à l'échelle d'une ville.
La tour de Babel, ce serait une entreprise qui empile les centres de données et les milliards, toujours plus haut, et qui compte ses salariés comme un coût à réduire pour financer la montée. Une tour magnifique, où il reste de moins en moins de monde pour vivre.
La cité, ce serait la même intelligence artificielle, les mêmes investissements, mis au service des personnes : des salariés formés pour piloter ces outils, un savoir transmis plutôt que perdu, une richesse partagée avec ceux qui l'ont construite, et une attention particulière aux plus fragiles, ceux qui n'ont ni l'âge ni le diplôme pour rebondir facilement.
Pour l'instant, rien n'est joué. Microsoft a choisi le volontariat plutôt que le licenciement sec, et c'est mieux. Mais la direction prise par l'argent est claire : vers les machines. Ce qui penchera d'un côté ou de l'autre, c'est ce que chaque entreprise, grande ou petite, décidera pour ses propres équipes. L'IA est une révolution. L'humanité reste notre responsabilité.
Et vous ?
Si votre entreprise vous proposait demain de partir avec une indemnité, accepteriez-vous ? Et si vous dirigez une équipe, que mettez-vous en premier dans votre budget : les machines ou les personnes ?
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Cette abondance de machines et de milliards, qui risque de laisser les personnes au bord du chemin, est au cœur de mon livre L'abondance tuera.
Reynald Naulleau est l'auteur de L'abondance tuera et le fondateur d'Allelu IA (allelu.ai), un espace pour comprendre l'intelligence artificielle et l'éthique, sans jargon.
Sources
- El Mundo (avec l'AFP), « Microsoft propone salidas voluntarias a 60.000 empleados, el 27% de la plantilla », 26 octobre 2026 (en espagnol) : lire l'article
- GeekWire, « Microsoft makes new 'voluntary exit' offer to about a quarter of its workforce, including some execs », 26 octobre 2026 : lire l'article
- BNN Bloomberg, « Microsoft offers voluntary exit packages to 60,000 staff », 26 octobre 2026 : lire l'article
- Microsoft, blog officiel, « The latest in our company transformation », message d'Amy Coleman, 6 juillet 2026 : lire le message
- GeekWire, « Microsoft puts a price on its voluntary retirement program », avril 2026 : lire l'article
- TweakTown, sur les effectifs du rapport annuel 2026 de Microsoft : lire l'article
- Investing.com, résultats du trimestre avril-juin 2026 et investissements : lire l'article
Rédigé avec l'aide de l'IA, relu et validé par Reynald Naulleau.